Contre les Fake News – pas toujours un combat pour la vérité

Par Klaus Hartmann*

Le terme anglais est devenu à la mode il y a une bonne année et désigne une chose pour laquelle nous avions déjà des mots assez précis : information fallacieuse ou désinformation. Le mot « canulard » était également assez répandu, mais n’a pas la connotation tool et trendy du néologisme anglais.

Fake signifie à l’origine falsifié ou falsification, on le connaissait déjà quand il s’agissait de fausse fourrure, de faux en peinture, ou d’arme factice.

Début 2017, l’expression « Fake News » a été désignée « anglicisme de l’année », mais dès novembre 2016 le jury concerné lui reconnaissait un glissement sémantique vers la dénonciation d’informations erronées répandues intentionnellement à des fins politiques. (Anglicisme de l’année 2016 : Anatole Stefanowitsch, https://de.wikipedia/wiki/Fake News#cite ref-9).

Le concept n’inclut pas toutes les fausses informations ou désinformations et vise plus spécifiquement des nouvelles répandues sur l’Internet ou dans les « réseaux sociaux ». « C’est surtout sur l’Internet que l’on ment aujourd’hui, que les lignes bougent » nous apprend la première chaîne de la télévision allemande ; « des appels à la haine et des désinformations ciblées » se plaint la radio Norddeutsche Rundfunk qui nous apprend aussi que « le gouvernement fédéral veut un centre de protection contre les informations fallacieuses pendant la période électorale » (Magazine « Zapp » du 1ier février 2017).

Le reproche acquitte implicitement les médias officiels que sont la radio, la télévision et la presse, ainsi que les agences de presse d’où ils tirent tous leurs connaissances. D’une certaine manière, c’est la réponse du berger à la bergère au reproche de « presse menteuse » qui se fait entendre depuis quelques années à l’encontre des médias établis.

La lutte contre les Fake News est devenu pour nos autorités un instrument dans la lutte contre les adversaires politiques de l’intérieur comme de l’extérieur.

Comme l’on affirme bien haut que les désinformations menacent notre démocrate, il s’en est ensuivi une véritable hystérie. Htttp://www.spiegel.de/netzwelt/web/bild-1129628-1093845.html : « Le mot à la mode est devenu un cri de guerre, écrit ouvertement le Spiegel. C’est devenu une injure que l’on se renvoie de part et d’autre, Trump et les médias, la gauche et la droite. Pour beaucoup, ce n’est plus qu’un fourre-tout pour tout ce qui ne convient pas à ses propres opinions ».

Ne perdons pas de vue que gouvernements et médias dominants taxent eux aussi de Fake News les vérités qui dérangent pour ne pas devoir les affronter, disqualifiés ceux qui en font état et les reléguer en marge « du discours sérieux ». On est proche aussi du reproche « théoricien du complot », une étiquette qui couvre de ridicule et de mépris celui qui en est affublé.

Les Fakes ne sont rien de neuf
Nous ne devons et ne pouvons accepter que le débat à propos des Fake News soit pris à la légère et utilisé dans n’importe quel échange de la vie politique quotidienne. Nous devrions plutôt y voir l’occasion de faire la lumière sur les petits et les gros mensonges que l’on nous assène et en chercher les ressorts. C’est la vocation de la Libre-Pensée.

Un petit retour en arrière dans l’Histoire s’impose, sans épargner les religions et les églises. Commençons donc par les Fake News autour d’un dogme central du christianisme : Jésus serait né d’une vierge restée chaste. Les écrits saints sont remplis de telles Fake News.

L’évêché de Trèves organise régulièrement des pèlerinages vers sa « tunique sainte » : l’évêque affirme qu’elle est authentique – oui, mais pas au sens de vêtement porté par Jésus.

Après s’être baigné à Lourdes on devrait être guéri de la sclérose multiple, de la tuberculose, de maladies infectieuses, du cancer des os… L’église catholique-romaine a reconnu jusqu’à présent comme miracles 67 de ces soi-disant guérisons.

Une autre légende tenace, celle qui prétend que l’église catholique fut opposée au fascisme hitlérien. En réalité, le Vatican et le Reich conclurent le 20 juillet 1933 un concordat qui constitua le premier traité international de Hitler.

« Si près des deux tiers des 34 articles du Concordat étaient en faveur de l’église, cela ne préoccupait pas Hitler outre mesure. L’article 16 prévoyait que les évêques doivent prêter serment de fidélité et s’engager à respecter le gouvernement et à le faire respect par leur clergé. L’article 27 donnait aux nazis un droit de regard sur la nomination des aumoniers militaires et leur évêque. L’article 30 stipulait que l’on fasse dans toutes les églises, tous les dimanches et jours fériés, une prière pour la réussite du Reich de Hitler (Dreschner, 1965, « Avec dieu et les fascistes. Le Vatican allié de Mussolini, Franco, Hitler et Pavelic, page 113).

La république fédérale n’a jamais dénoncé ce concordat.
En matière de fidélité au Führer, l’église protestante ne voulut pas être en reste : « Le Conseil de l’église évangélique, réuni pour la première à l’est assure une fois de plus en ces jours mouvementés le Führer de la fidélité et de l’engagement de l’ensemble de la chrétienté protestante. Vous avez, notre Führer, banni le bolchévisme et vous appelez notre peuple, comme tous les peuples d’Europe, à la guerre définitive contre l’ennemi viscéral de l’ordre et de la culture occidentale. Le peuple allemand et avec lui tous ses membres chrétiens vous en sont reconnaissants. » (télégramme du conseil de l’église évangélique à Hitler, daté du 30 juin 1941 (cité dans Kloft, « Cher oncle Hitler – Lettres à notre Führer, 2010 repris par le documentaire filmé réalisé par le Spiegel et deux stations de radio nationales).

Une autre rumeur : le premier chancelier fédéral aurait été un parfait démocrate.
Konrad Adenauer, membre du Parti du Centre [catholique] était dès 1933 maire du grand Cologne. En 1929, il adresse à Mussolini un télégramme pour annoncer qu’il avait fait exécuter Giacomo Mateotti, un des responsables du mouvement ouvrier : « Le nom de Mussolini brillera désormais en lettres d’or au fronton de l’église catholique ! » (Bernt Engelmann, Le livre noir Helmut Kohl, 1998, page 48). Un démocrate, Adenauer ? Fake News : en fait un cléricalo-fasciste.

Dire qu’après cette guerre épouvantable l’église a misé sur la paix est également une Fake News : le 23 juin 1950, au rassemblement des catholiques à Bonn, l’évêque de Cologne, le cardinal Frings, appelait ouvertement au réarmement de l’Allemagne. (Deschner, Avec dieu et les fascistes. Le Vatican allié de Mussolini, Franco, Hitler et Pavelic, 1965, page 115).

Le cardinal s’inscrivait là dans une longue tradition de l’église : au 5ième siècle déjà, comme nous l’apprend Deschner dans son « Histoire criminelle du christianisme, volume 1, le père de l’église Theodoret affirmait que « la réalité historique nous apprend que la guerre nous apporte plus que la paix. »

Au voleur !
En septembre 2015, l’Union Européenne a mis sur pied un groupe de travail chargé de poursuivre et analyser les désinformations en provenance de Russie et à destination de l’Europe, appelé « East StrattCom Task Force », assorti de la parution d’un site intitulé « Disinformation revue ». Il passe au peigne fin l’Internet à la rechercher d’informations fallacieuses à leurs yeux, c’est-à-dire, à les en croire eux-mêmes et c’est révélateur, les nouvelles « susceptibles de répandre ci le désordre et le doute. »

Car il est bien connu que l’ordre est la vertu première du bon citoyen. Et douter de la politique établie est sacrilège. Là où l’autorité de l’OTAN est sacrosainte, toute remise en cause de ce monopole est à tout le moins un crime de lèse-majesté !

Si l’on suit cette logique de « désordre et doute », il faudrait peut-être l’appliquer à l’Union Européenne, ce lieu saint de la démocratie, de la liberté d’expression, du citoyen éclairé, non ? De quoi se rendre ridicules aux yeux des Russes.

Médias alternatifs ?
Ils visent à déséquilibrer les médias dominants, se plaint la ministre de la culture et de la rechercher Eva Kimminich, de l’université de Potsdam, et elle ajoute « On doit veiller à ce que des réalités reprises dans des médias ne soient présentées d’une autre façon ». « Réalités » ? Des réalités fournies par le pouvoir en place et qu’il nous faudrait avaler telles quelles ? Le commentateur : cela pourrait s’avérer dangereux si des décisions sont prises sur base d’opinions qui appellent à la révolte. »

Ceux qui voient là des Fake News feraient bien de balayer devant leur propre porte.

Le 10 janvier 2017, le « Bild » annonçait que Gabriel, chef de file du SPD, se présentait contre Merkel. De telles informations fantaisistes sont, à la rigueur, amusantes. Mais quand on s’aperçoit de leur fausseté, elles ne sont démenties que dans une grande discrétion.

D’autres Fake News ont la vie plus dure : Norbert Blüm, ministre du travail et des affaires sociales, annonçait que « les pensions sont assurées », une première fois au cours de la campagne électorale de 1986, puis le 10 octobre 1997 encore au cours d’un vif débat au Parlement. Il ne parlait pas de sa pension à lui, c’était là une promesse électorale classique. Mais il avait alors ajouté à voix basse : « si le niveau des pensions de retraite continue à baisser, on sera proche du minimum vital » (Saarbrücker Zeitung, 1 décembre 2014).

Le niveau des pensions de retraite, qui ne représente plus que 53 pour cent du revenu moyen en 2000, touchera les 44 pour cent en 2028 selon toute probabilité. Des calculs actuels, il ressort que plus de la moitié des actifs doivent s’attendre désormais à des pensions de retraite inférieures au seuil de pauvreté.

La Grèce a fait ces dernières années l’attention toute particulière des médias. La chaîne de télévision ARD a ainsi appris au téléspectateur qu’en recevant le deuxième « paquet d’aides », le gouvernement grec s’était engagé à mettre en œuvre les réformes annoncées par le gouvernement précédent. C’est contraire à la vérité, mais doit susciter l’impression qu’Athènes ne respecte pas le plan, est en retard, ne s’en tient pas à ses obligations, est réticent à toute réforme. Le correspondant Krause a même entrepris de démontrer aux téléspectateurs que « le Grec » cherche à s’enrichir sur leur dos, ou, pour reprendre les termes dudit Krause « tient pour un droit divin dû à son pays de vivre au dépens d’autres » (Commentaire des « Thèmes du jour » du 17 février 2015).

Framing
Un autre anglicisme qu’il faut analyser : pour le linguiste américain George Lakoff, il s’agit de traiter les faits uniquement dans un cadre donné « Un framing réussi se caractérise par le fait que toute politique réformatrice n’est envisagée que dans le contexte de la société telle qu’elle est avec ses valeurs ».

Le débat de fond sur les solutions à la crise d’austérité est relégué au second plan au profit d’une mise en scène moralement toilettée. Le vide en matière d’information est ainsi occulté par une illusion d’information. La force du narrateur consiste à véhiculer le cadre du framing sans jamais le nommer. Le récepteur reconnaît de lui-même que le thème ne peut être abordé que sous l’angle d’une valeur de base » ajoute Herbert Flath dans « Storystelling dans le journalisme ». Storystelling est donc le prochain concept que nous aurons à traiter.

Frank Schiller souligne également une « escalade sémantique » avec des expressions comme « des tons stridents », « affront », « choc de cultures », « éclat », « vif débat » et « poing tendu » : il s’agit de convaincre le téléspectateur que ces gens « aux manches retroussées », « grossiers » (Thomas Roth, 4 février 2015), « satisfaits d’eux-mêmes » (Ulrich Deppendorf, 27 février 2015), « voyous » (Claus-Erich Boetzkes, 12 février 2015), des « potaches » (Thomas Bormann, 21 février 2015) avec leur « grossièreté pour ne pas dire arrogance (Thomas Roth, 16 février 2015), ces »éternels adolescents » et leur « sourire effronté » (Angela Ulrich, 8 juillet 2015), qui ne « veulent pas faire leurs devoirs » (Caren Miosga, 23 février 2015) et tiennent « pour un droit divin de vivre aux dépens d’autrui (Rolf-Dieter Krause, 17 février 2015), doivent « descendre de leurs arbres » (Ulrich Deppendorf, 27 février 2015), et se confesser (Bettina Scharkus, 29 janvier 2015). Et si tous les avertissements ne suffisent pas – « je ne peux pas manger plus que je ne peux dégueuler » (Rolf-Dieter Krause, club de la presse, 14 juin 2015), alors ces canailles (Reinald Becker, 29 juin 2015), en première ligne ce Varoufakis doivent être discipliné une bonne fois, au mieux « envoyés au diable ». (Rolf-Dieter Krause, Dur mais correct, 29 juin 2015) http://publikumskonferenz.de/blog/2016/08/20/auswertung-ueber-taeuschung-tugend-und-teenager/

La « conférence permanente du public » a dénoncé ces abus de langage manipulatoires, elle qui s’engage pour la participation démocratique à l’élaboration des programmes des médias. Sa présidente Maren Müller remarque : nous reprochons à l’ARD, d’avoir violé pendant des semaines et même des mois le contrat des missions de la radio par de lé désinformation, des déclarations mensongères et le passage sous silence d’informations importantes.

Les commentaires de l’ARD sur la Grèce – au journal et dans les émissions thématiques – était unilatéral, strictement gouvernemental, manipulateur, hostile, diffamatoire et parfois même absurde dans son ton boulevardiers. En répandant des clichés nationaux, quand on évoque les dettes grecques, on fait appel dans la population allemande à de bas instincts comme la jalousie, la haine, le cynisme et le racisme, et l’on sème la zizanie entre voisins européens. « le framing fondé sur des valeurs stéréotypées est très polarisé. Il entretient et conforte dans la mémoire de longue durée le stéréotype d’Européens du sud désordonnées, peu fiables, malins, jamais à l’heure, indisciplinés, paresseux et dépensiers, qui méprisent les vertus des gens du Nord. (Rolf-Dieter Krause) » https://publikumskonferenz.de/blog/

L’ « Institut pour la responsabilisation des médias », dirigée par le docteur Sabine Schiffer, soit dit en passant libre-penseus, abonde dans le même sens. Il a pour objectif de développer les compétences des médias aux côté des consommateurs de médias. Sous le titre « L’Ukraine dans le collimateur. Le voisin de la Russie cible d’intérêts géostratégiques », elle a édité un livre où différents auteurs analysent les manipulations médiatiques relatives à la crise ukrainienne. https://www.medienverantwortung.de/

Un autre anglicisme encore : spin doctor. Un concept importé des USA ou le genre se retrouve dans les war rooms, les centrales électorales dans partis. Objectif : mettre les choses dans la « bonne lumière », orienter favorablement l’information. Donner aux événements un tour qui n’a peut-être rien à voir avec les faits mais qui fait de l’effet. Certaines personnes doivent apparaître dans un éclairage le plus positif ou nétatif possible. ‘https://de.wikipedia.org/wiki/Spin-Doctor).

C’est ainsi que les guerres menées par l’Occident en violation du droit international sont présentées comme des « missions humanitaires », « visant à garantir les Droits de l’Homme » et « à protéger la population civile des adversaires des UQSA et de l’OTAN, des « fous », des « bourreaux », des « dictateurs », des « assassins de leur propre peuple » et des « nouveaux Hitler »/

A plusieurs reprises, l’ex rédacteur du journal télévisé Volker Bräutigam a porté plainte contre l’ARD pour propagande unilatérale et désinformation dans le conflit ukrainien. Il a par exemple dénoncé le fait que la première chaîne de télévision allemande faisait passer une patrouille de soldats de l’OTAN pour des « observateurs de l’OCDE ».

La position de l’actuel rédacteur en chef de l’ARD, Gniffke, est satirique : « nous avons utilisé à juste titre le terme de’ « observateurs militaires de l’OCDE, conformément à l’appellation que leur donnent les agences de presse et les journaux de qualité ».

Pour Bräutigam donc, Gniffke allie arrogance et ignorance. Il ne remarque pas même qu’il dévoile son jeu et démontre là la mise au pas, au moins mentale, fondée sur les agences de presse, des médias, quand il se justifie en faisant référence à celles-ci et aux « journaux de qualité ». L’esprit borné, l’arrogance et l’incapacité de toute critique des chaînes publiques sont sans limites.

Httos://propagandascdhau.wordpress.com/2014/07/10/volker-brautigam-ueber-den-umgang-der-ard-mit-seiner-programmbeschwerde/

Mais Gniffke nous a appris un nouvel anglicisme : « wording », c’est-à-dire la régulation linguistique qui permet de donner à l’information transmise un souffle qui est au-dessus des contenus et des événements, en concubinage avec la politique.

En avant dans la guerre
Les Fake News deviennent dangereuses, mortellement dangereuses, quand elles visent à préparer la guerre : on parle alors de guerre psychologique.

Un classique datant de 1939 : Hitler justifie l’agression contre la Pologne en affirmant que des francs-tireurs polonais auraient perpétré un attentat contre l’émetteur de Gleiwitz : ledit attentat, en fait, avait été perpétré par un commando de SS. Depuis lors, on a multiplié les mensonges et les actes dans le but de faire éclater une guerre programmée.

 

Le mensonge des couveuses
En octobre 1990, c’est une Koweitienne de 15 ans qui emporte l’unanimité pour déclencher la guerre, de 1991, contre l’Irak, à la Commission des Droits de l’Homme du Congrès américain. En larmes, elle rapporte des atrocités commises par des soldats irakiens qui auraient arraché 15 bébés de leur couveuse dans un hôpital koweitien, les auraient jetés sur le sol pour les y laisser mourir. Une année plus tard, la jeune fille est identifiée comme étant la fille de l’ambassadeur du Koweit aux USA. Toute cette mise en scène avait été mise au point par l’agence Hill & Knowlton qui avait au préalable décelé que ce qui révoltait le plus le citoyen US c’étaient les cruautés envers les enfants en bas âge. Une Fake News fruit de spin doctoring, également appelée « communication stratégique professionnelle ».

Le ministre de la Défense Rudof Scharping s’est montré particulièrement inventif en matière de propagande pour préparer puis justifier l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, opération appelé « guerre du Kosovo » pour en atténuer l’importance : il a donc inventé un « fer à cheval » qui devait servir à l’épuration ethnique, mais ne provenait pas de Yougoslavie mais de son propre ministère.

Le 25 janvier 1999, tous les médias importants titraient « après le massacre de Racak, l’OTAN est prête à intervenir ». William Walker avait constaté qu’il s’agissait bien d’un massacre avant même que l’on ait enquêté sur les cadavres présentés. Walker avait été ambassadeur du Salvador de 1988 à 1992, d’où il dirigeait la lutte contre les contras nicaraguayens, enquêta sur le meurtre de deux femmes et six prêtres jésuites, et joua un rôle de premier plan la question iranienne. Comme l’a constaté l’équipe d’experts menée par le Finnois Helen Ranta, il n’y avait aucune preuve de massacre. Mais l’histoire avait déjà servi à son service pour justifier la guerre d’agression. Les mêmes photos de cadavres furent montrées une fois encore le 30 avril 1999 : on les aurait trouvés cette fois à un autre endroit que les morts de Djakoviza. Il fallut donc bien, plus tard, reconnaître l’imposture.

C’est bien du cabinet du ministre Scharping que provint également l’histoire tout aussi mensongère de fœtus qui auraient été arrachés au ventre de leur mère pour être grillés par la soldatesque serve. Celle-ci aurait également joué au football avec des têtes de décapités. Ce fut Scharping encore qui évoqua le premier un camp de concentration dans le stade de Pristina. Et « Bild » de titrer immédiatement « ils les emmènent au camp de concentration », assorti d’une photo de gens qui fuyaient en direction de la frontière macédonienne. C’est ce que l’on a pu découvrir dans l’édition du 1ier avril 1999, mais ce n’étais pas un poisson.

Pour préparer la guerre de 2003 contre l’Iraq, les USA répandirent des preuves présumées sous forme de photos satellites sur l’existence d’armes de destruction massives aux mains de Saddam Hussein. Le ministre US des affaires extérieures, Colin Powell, présenta ces photos au Conseil de sécurité de l’UNO et tous les médiaux occidentaux, pratiquement sans exception, les reproduirent telles quelles. En 2005, Powell admit le mensonge, qu’il qualifia de « tache indélébile » dans sa carrière politique.

En Grande-Bretagne, un scandale éclata à propos d’Alastair Campbell, conseil de Tony Blair, ce dernier étant à l’époque premier ministre et l’un des plus ardents protagonistes de la guerre contre l’Irak. C’est lui qui avait monté le dossier où l’on découvrait sous les couleurs les plus sombres les menaces que représentait Saddam Hussein. Un collaborateur des services secrets révéla à la BBC que le cabinet Blair avait gonflé des informations secrètes pour justifier la guerre contre Saddam Hussein. En conséquence de quoi, le spin-doctor Campbell avait fait pression sur l’agent secret qui, par la suite, se donna la mort.

Dans la guerre de Syrie, c’est de nouveau un enfant qui entre en scène, un enfant qui aurait twitté depuis Alep. La fille d’un combattant djihadiste s’assura de la diffusion du mensonge des barils d’explosifs utilisés comme bombes. Déjà en 2015, le président syrien avait affirmé : « nous n’utilisons pas de barils, nous avons de vraies bombes. De vraies bombes, donc plus efficaces ! Quand l’OTAN fait-elle état de ces soi-disant superbombes non interdites ? Contrairement aux bombes Hellfire des djihadistes, il n’y a aucune preuve de l’utilisation de pareilles armes.

Le pouvoir explosif et de mort de telles bombes serait nettement inférieur à celui d’explosifs conventionnels conçus dans les usines d’armement occidentales ou russes, sans parler des bombes Hightech et des militaires dont les pays membres de l’OTAN équipent leurs avions de combat et leurs drones. Pour ces dernières armes tout, la forme, le type d’explosif, a été étudié pour une efficacité maximale, pour que les schrapnells qui s’en échappent, effilés comme des lames de rasoir, tuent à plusieurs douzaines de mètres. Si l’on recourt à des barils, une bonne partie de la puissance détonante est déjà perdue. Ce genre de bombe risque même, à cause de leur système d’allumage rudimentaire, de ne pas exploser du tout.

Après que la jeune Bana avait fui la Syrie en compagnie de ses parents djihadistes pour la Turquie, ce fut Hollywood qui prit le relais. Aux côtés de Linsay Lohan (connue non seulement pour ses films et par la télévision, mais aussi pour ses abus d’alcool de cocaïne et ses séjours en prison), présenté par Erdogan dans son palais présidentiel. De quoi faire un bon film.

Une autre falsification propagandiste, l’invention des « casques blancs » présentés comme organisation humanitaire : à gauche une photo, qui ne provient pas de Syrie et qui date d’avril 2013, présentée comme étant d’août 2015 :

 

Photo 1                                                                                                              photo 2

 

La légation française auprès de l’ONU a falsifié en 2016 une photo qui prétend montre le bombardement au baril d’explosif de deux hôpitaux à Alep en 2016. En réalité, cette photo a été prise en 2014 en Palestine, après un bombardement israélien.

 

Photo 3                                                                                                              Photo 4

 

 

On pourrait continuer à énumérer de très nombreux exemples.

Nous vous rappelons la constatation formulée lors de notre congrès national en 2009 :

« L’association allemande des libres-penseurs, communauté de gens qui partagent une même vision de monde et organisation culturelle, tient pour une de ses tâches essentielles l’information et l’éducation : l’objectif est de faire triompher la Raison dans la vie intellectuelle et scientifique comme dans tous les aspects de la vie sociale et politique. »

Il faut en premier lieu bannir tout risque de guerre : « Nous soutenons les actions des mouvement pacifistes et anti-guerre, la résistance à la guerre et la dénonciation de toute propagande belliciste. Les libres-penseurs exigent un désarmement radical et un non à l’OTAN en quittant l’alliance atlantique. Nous exigeons en particulier que soit mis fin à l’extension de l’OTAN aux confins de la Russie pour éviter une guerre avec la Russie.

La Libre-Pensée suppose des citoyens adultes qui disposent d’un accès libre, non censuré à toutes les informations. Ce sont les consommateurs d’informations qui doivent imposer les campagnes de dénonciation des Fake News aux élites, à l’industrie des consciences dirigées par les puissants. C’est de notre devoir de dissiper les nuages, de faire la lumière, de mettre un terme aux obscurantismes religieux ou non, de donner envie aux gens de « vouloir savoir ».

Nous tablons pour cela sur l’utilisation responsable de toutes les sources d’informations disponibles y compris les médias alternatifs. Nous sommes conscients que certains peuvent abuser de cette course à l’information et en profiter pour répandre des contenus ésotériques, racistes et fascistes. L’envie d’information vraie doit contaminer un maximum de gens et être répandue jusqu’à l’absurde. On ne pourra alors l’arrêter.

L’éducation aux médias relève de l’autodéfense et les Libres-Penseurs insistent : il n’y a pas d’alternative à la pensée autonome.

*Conférence donnée au colloque organisé par l’Union Mondial des Libres Penseurs à Cologne le 1 et 2 septembre 2017 sous le titre « ‘Fake News’ – Un défi pour la défense de la libre pensée »