{"id":938,"date":"2018-07-22T01:02:10","date_gmt":"2018-07-21T23:02:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.libres-penseurs.net\/?p=938"},"modified":"2019-10-20T22:53:30","modified_gmt":"2019-10-20T20:53:30","slug":"938-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/938-2\/","title":{"rendered":"La libert\u00e9 de penser est un facteur fondamental de l&rsquo;\u00e9panouissement personnel"},"content":{"rendered":"<p><strong>Gilles Poulet <a href=\"#wo\">*<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Il serait long et sans doute fastidieux de faire ici l&rsquo;historique de la Libre Pens\u00e9e, aussi me contenterai-je de la d\u00e9finir le plus exactement possible afin que, chaque fois que je l&rsquo;\u00e9voquerai, nous soyons tous bien d&rsquo;accord sur la signification qu&rsquo;elle a pour moi.<\/p>\n<p class=\"kompress\">D&rsquo;abord voici la d\u00e9claration de la Libre Pens\u00e9e internationale \u00e0 son congr\u00e8s de Rome de 1904 :<br \/>\n\u00ab <em>La Libre Pens\u00e9e rejette le triple joug :<\/em><\/p>\n<ul>\n<li><em>du dogmatisme dans tous les domaines et, en particulier, en mati\u00e8re religieuse et morale,<\/em><\/li>\n<li><em>du privil\u00e8ge en mati\u00e8re politique,<\/em><\/li>\n<li><em>du profit en mati\u00e8re \u00e9conomique<\/em> \u00bb<\/li>\n<\/ul>\n<p><!--more Suite--><\/p>\n<p>Et selon Poincar\u00e9 : \u00ab La pens\u00e9e ne doit jamais se soumettre, ni \u00e0 un dogme, ni \u00e0 un parti, ni \u00e0 une passion, ni \u00e0 un int\u00e9r\u00eat, ni \u00e0 une id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, ni \u00e0 quoi que ce soit, si ce n&rsquo;est aux faits eux-m\u00eames; parce que, pour elle se soumettre, ce serait cesser d&rsquo;exister. \u00bb Belle formule qui donne chair et contenu \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>Mais chers Amis, quel programme !<br \/>\nAssur\u00e9ment, ces consid\u00e9rations en disent long, tr\u00e8s long sur la philosophie et les objectifs des libres penseurs et probablement, sur les auteurs de la loi de s\u00e9paration de 1905, d&rsquo;autant que le Libre-Penseur Ferdinand Buisson en fut. La loi de S\u00e9paration mettait enfin l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;abri des men\u00e9es religieuses qui firent tant de mal et durant tant de si\u00e8cles comme a pu le dire Jaur\u00e8s : \u00ab Nous avons mis des centaines et des centaines d\u2019ann\u00e9es \u00e0 conqu\u00e9rir la libert\u00e9 de conscience, c\u2019est-\u00e0-dire le droit pour chacun de penser et d\u2019agir comme il lui pla\u00eet dans les choses de la religion. Il y a des si\u00e8cles, au Moyen-\u00e2ge, l\u2019\u00c9glise \u00e9tait ma\u00eetresse de tout\u2026 \u00bb<br \/>\n<strong>Voil\u00e0 pour \u00ab la religion et la morale \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Mais les rois et les empereurs ne travaillaient pas pour les nations; ils ne travaillaient que pour eux-m\u00eames. Et, quand ils eurent affranchi leur pouvoir de l\u2019\u00c9glise, ils voulurent se servir de l\u2019\u00c9glise pour maintenir leur pouvoir sur les peuples ; ils comprirent que, si les hommes pouvaient discuter en libert\u00e9 les choses de la religion, ils discuteraient avec la m\u00eame libert\u00e9 les choses de la politique \u00bb. Poursuivait Jaur\u00e8s.<br \/>\n<strong>Voil\u00e0 pour \u00ab la politique \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Reste le volet \u00e9conomique bien trop souvent ignor\u00e9. \u00c0 l&rsquo;Association Des Libres Penseurs de France -ADLPF) nous revendiquons la mise \u00e0 plat de la th\u00e9orie \u00e9conomique ultra-lib\u00e9rale qui n&rsquo;est, pour nous, qu&rsquo;un paganisme pseudo-religieux articul\u00e9 autour du dieu du capitalisme, le Profit, et de divinit\u00e9s mineures \u00e0 la plasticit\u00e9 infinie, capables de s&rsquo;adapter \u00e0 toutes les situations pourvu qu&rsquo;elles servent leurs desseins \u00e9go\u00efstes. Je n&rsquo;insisterai pas sur les analogies, \u00e9videntes pour l&rsquo;observateur attentif, entre doctrine religieuse et doctrine \u00e9conomique : infaillibilit\u00e9 de la th\u00e9orie (l&rsquo;horizon ind\u00e9passable du TINA (there is no alternative) de Thatcher), tenue de grands \u00ab grands conciles \u00bb doctrinaux (Davos), une cl\u00e9ricatures s\u00fbre d&rsquo;elle m\u00eame, infatu\u00e9e et invasive (le ch\u0153ur des grands \u00ab \u00e9conomistes \u00bb et autres \u00e9ditorialistes chantant \u00e0 l&rsquo;unisson, jamais remis en cause, et pr\u00f4nant les merveilleuses vertus des m\u00eames canons \u00e9conomiques), les relais enfin, infiniment vari\u00e9s de la pi\u00e9taille des \u00ab croyants \u00bb, incapables du moindre recul critique. \u00c0 la toute fin, un parfum de servitude volontaire se d\u00e9gage de la passivit\u00e9 des foules persuad\u00e9es qu&rsquo;en effet, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative.<br \/>\n<strong>Voil\u00e0 pour \u00ab le profit en mati\u00e8re \u00e9conomique \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes maintenant d&rsquo;accord, du moins le l&rsquo;esp\u00e8re, sur la d\u00e9finition de la libre pens\u00e9e. Il nous faut maintenant examiner la cons\u00e9quence directe de l&rsquo;activit\u00e9 combattante de celle-ci, appuy\u00e9e sur la libert\u00e9 de conscience, du moins telle que nous les observons en France, sans pr\u00e9tendre que le mod\u00e8le soit exportable en l&rsquo;\u00e9tat. Cette cons\u00e9quence a nom La\u00efcit\u00e9, chacun le sait et c&rsquo;est elle que je vais maintenant invoquer.<\/p>\n<p>D\u00e9finissons-la \u00e0 son tour : La la\u00efcit\u00e9 permet l\u2019ouverture d\u2019un espace public dans lequel les convictions \u00ab notamment religieuses \u00bb, sans \u00eatre tues ni ni\u00e9es, deviennent des \u00e9l\u00e9ments seconds de l\u2019identit\u00e9 des individus au profit de ce qu\u2019ils ont de commun, <em>c\u2019est-\u00e0-dire leur qualit\u00e9 de citoyens<\/em>. Nous retrouverons sans cesse ce terme de citoyen au fil de notre r\u00e9flexion. Il est pour moi central. \u00c9coutons la philosophe Comte-Sponville : [La la\u00efcit\u00e9] \u00ab Ce n\u2019est pas l\u2019ath\u00e9isme. Ce n\u2019est pas l\u2019irr\u00e9ligion. Encore moins une religion de plus. <em>La la\u00efcit\u00e9 ne porte pas sur Dieu, mais sur la soci\u00e9t\u00e9. Ce n\u2019est pas une conception du monde ; c\u2019est une organisation de la Cit\u00e9.<\/em> Ce n\u2019est pas une croyance, c\u2019est un principe, ou plusieurs : la neutralit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat vis\u2011\u00e0-vis de toute religion comme de toute m\u00e9taphysique, son ind\u00e9pendance par rapport aux \u00c9glises comme l\u2019ind\u00e9pendance des \u00c9glises par rapport \u00e0 lui, la libert\u00e9 de conscience et de culte, d\u2019examen et de critique, <em>l\u2019absence de toute religion officielle, de toute philosophie officielle&#8230;<\/em> \/ \u2026 enfin, mais ce n\u2019est pas le moins important, l\u2019aspect non confessionnel et non cl\u00e9rical \u2013 mais point non plus anticl\u00e9rical \u2013 de l\u2019\u00e9cole publique. L\u2019essentiel tient en trois mots : neutralit\u00e9 (de l\u2019\u00c9tat et de l\u2019\u00e9cole), ind\u00e9pendance (de l\u2019\u00c9tat vis\u2011\u00e0-vis des \u00c9glises, et r\u00e9ciproquement), libert\u00e9 (de conscience et de culte) \u00bb.<br \/>\nLumineux, non ?<\/p>\n<p>La la\u00efcit\u00e9 d\u00e9barrasse et exon\u00e8re le citoyen du droit canon qui pr\u00e9tend que l\u2019homme est p\u00e9cheur, et qu&rsquo;\u00e0 ce titre n\u2019a pas de droits ; que les seuls droits sont ceux de Dieu, ce qui nie le droit naturel lequel dit que l\u2019homme, parce qu&rsquo;il est homme, a par nature des droits. C&rsquo;est le jus naturalis que prolonge, par le truchement des organisations humaines, le droit positif, droit voulu et \u00e9crit dans le cadre de la d\u00e9mocratie par le citoyen ou ses repr\u00e9sentants. Le citoyen est l&rsquo;acteur central, indispensable au fonctionnement de la d\u00e9mocratie et des soci\u00e9t\u00e9s civilis\u00e9es et lib\u00e9r\u00e9es des tyrannies et autres \u00ab d\u00e9mocratures \u00bb, qui en d\u00e9coulent.<br \/>\nIl nous faut encore pr\u00e9ciser, pour \u00eatre bien compris, la diff\u00e9rence que nous percevons entre priv\u00e9 et public. Rousseau s&rsquo;y \u00e9tait attel\u00e9 qui \u00e9crivit qu\u2019il y a deux personnes en chaque individu, la publique et la priv\u00e9e. La personne publique est celle dont la sph\u00e8re d\u2019action a des cons\u00e9quences pour autrui, alors que pour la personne priv\u00e9e la sph\u00e8re d\u2019action est sans incidence sur autrui. Dans cet esprit, l\u2019autorit\u00e9 politique d\u00e9mocratique ne peut ni ne doit formater la conscience humaine qui rel\u00e8ve de choix priv\u00e9s. L&rsquo;homme est libre de ses pens\u00e9es et de ses opinions, et donc, si les hommes sont par nature libres et \u00e9gaux, ce que nous croyons, la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 ne d\u00e9coulent plus du bon vouloir du prince. Tant s&rsquo;en faut ! Le libre penseur s&rsquo;assume en tant qu&rsquo;homme debout qui veut avoir barre sur son destin et ne plus d\u00e9pendre d&rsquo;une hypoth\u00e9tique tol\u00e9rance du prince. Le Sujet d\u00e9finitivement est remplac\u00e9 par le Citoyen.<\/p>\n<p>\u00ab Tout cela est bien beau, direz-vous, mais sur quoi \u00e9tayer la la\u00efcit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat et par voie de cons\u00e9quence son influence sur l&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9? \u00bb Mais sur la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen, du 26 ao\u00fbt 1789, tout simplement ! Celle-ci b\u00e2tit les fondements constitutionnels de la charte de droits sur laquelle doit se r\u00e9gler le politique, lesquels, \u00e0 n&rsquo;en pas douter remplissent bien le cahier des charges \u00e9voqu\u00e9 plus haut, i.e. la\u00efcit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat et la\u00efcit\u00e9 v\u00e9cue de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019un ne pouvant aller sans l\u2019autre dans le contexte r\u00e9publicain fran\u00e7ais. Car sans cette vertu de l\u2019\u00c9tat, dont la loi de 1905 a parachev\u00e9 l\u2019\u00e9volution suite \u00e0 la la\u00efcisation de l\u2019enseignement dans les ann\u00e9es 1880, la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame n\u2019aurait pas pu se d\u00e9tacher autant de la religion et permettre ainsi une \u00e9mancipation morale, collective aussi bien qu\u2019individuelle. Les deux vont donc bien de conserve, m\u00eame s&rsquo;il ne sont pas stricto sensu de m\u00eame nature : l&rsquo;\u00c9tat est neutre et ne conna\u00eet que des citoyens, le citoyen n&rsquo;est pas pri\u00e9 d&rsquo;\u00eatre neutre, il lui est seulement enjoint de ne g\u00eaner personne au nom de sa religion comme de sa possible m\u00e9cr\u00e9ance. C&rsquo;est pourquoi on peut dire que les droits de l&rsquo;homme sont consubstantiels \u00e0 la pratique de la libre pens\u00e9e comme \u00e0 l&rsquo;exercice plein et entier des droits attach\u00e9s \u00e0 la citoyennet\u00e9. Autrement dit, pour le r\u00e9publicain conscient et actif, l&rsquo;identit\u00e9 de chacun passe certainement par la citoyennet\u00e9 qui, de fait, est l&rsquo;appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 humaine d&rsquo;int\u00e9r\u00eats partag\u00e9s. Lesquels, ne nous le cachons pas, peuvent aussi \u00eatre divergents. Mais c&rsquo;est le principe m\u00eame du d\u00e9bat d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien \u00e9videmment parfaitement conscience que cette th\u00e8se est vigoureusement combattue par l&rsquo;approche lib\u00e9rale individualiste qui veut que la soci\u00e9t\u00e9 rel\u00e8ve d&rsquo;abord des individus qui s&rsquo;y expriment \u00e0 leur gr\u00e9 et donc loin des pr\u00e9occupations de l&rsquo;\u00c9tat, voire contre lui. Th\u00e8se cher aux militants du Tea Party, par exemple et des n\u00e9o populismes qui semblent vouloir faire r\u00e9gresser nombre d&rsquo;\u00e9tats en Europe et ailleurs.<\/p>\n<p>Notons, si vous le voulez bien, que la la\u00efcit\u00e9 ne pourra pas se r\u00e9sumer \u00e0 un r\u00e9gime de libert\u00e9 individuelle pour des raisons philosophiques et juridiques profondes. En effet, la libert\u00e9 d\u00e9finie par la loi de 1905 est une <em>libert\u00e9 publique et non civile<\/em> et, confirmant le distingo entre public et priv\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 plus haut, qui fait du \u00ab citoyen \u00bb l&rsquo;acteur public et de la \u00ab personne \u00bb l&rsquo;acteur priv\u00e9. La la\u00efcit\u00e9 existe comme libert\u00e9 attach\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9 de citoyen, et non \u00e0 celle d\u2019individu. C\u2019est une libert\u00e9 qui n\u2019existe pas comme droit naturel, parce qu\u2019elle est institu\u00e9e dans le cadre d\u2019une communaut\u00e9 politique, souveraine, qui en d\u00e9cide pour l\u2019ensemble de ses membres. C&rsquo;est une libert\u00e9, li\u00e9e, encadr\u00e9e et limit\u00e9e par la notion \u00ab d\u2019ordre public et d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb. Une libert\u00e9 que d\u00e9finissent, ensemble, les citoyens, souverains, r\u00e9unis par leur volont\u00e9 commune de constituer un ordre politique sp\u00e9cifique, distinct de tout autre. Une libert\u00e9 qui tient \u00e0 distance, au nom de la raison, toute possibilit\u00e9 d\u2019influence, d\u2019interf\u00e9rence ou de contrainte de l\u2019individu par tel ou tel int\u00e9r\u00eat particulier, au premier chef par celui de tel ou tel culte ou philosophie particuli\u00e8rs. De m\u00eame, si l\u2019\u00c9tat est neutre au regard des cultes et des philosophies, c\u2019est bien \u00e9videmment qu\u2019il ne peut en promouvoir aucun. L&rsquo;\u00c9tat la\u00efque ne formule pas de \u00ab pens\u00e9e \u00bb orthodoxe. Comme le dit la philosophe Catherine Kintzler : \u00ab La foi ne fait pas la loi, l&rsquo;\u00c9tat ne s&rsquo;occupe pas de th\u00e9ologie \u00bb.<\/p>\n<p>Il faut aussi cr\u00e2nement assumer que la la\u00efcit\u00e9 n&rsquo;est pas d\u2019essence lib\u00e9rale, ne retenir d&rsquo;elle qu\u2019une libert\u00e9 individuelle et une neutralit\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 l\u2019interdiction faite \u00e0 l\u2019\u00c9tat et \u00e0 ses agents de promouvoir tel ou tel culte, c\u2019est la penser \u00e0 la mani\u00e8re des lib\u00e9raux, porteurs d&rsquo;accommodements raisonnables et vrais faux amis de la la\u00efcit\u00e9 telle que nous la concevons. Ils essaient sans cesse de faire croire que les \u00c9glises (ou assimil\u00e9s) sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec l&rsquo;\u00c9tat. Il n&rsquo;en est rien, bien \u00e9videmment : il est universel quant elles n&rsquo;ont que des comp\u00e9tences de boutiquiers. Pour autant, comprend-on son sens r\u00e9el et son originalit\u00e9 au regard d\u2019autres r\u00e9gimes, de s\u00e9cularisation ou de tol\u00e9rance, tels qu\u2019il en existe de par le monde ? Ce n&rsquo;est pas s\u00fbr, d&rsquo;o\u00f9 la controverse \u00e9voqu\u00e9e plus haut et qui n&rsquo;est pas en voie de s&rsquo;estomper, m\u00eame si des signes allant dans ce sens commencent \u00e0 appara\u00eetre ici ou l\u00e0.<\/p>\n<p>Un \u00c9tat la\u00efque se doit, c&rsquo;est l\u00e0 la moindre des choses, de promouvoir les principes de la la\u00efcit\u00e9 par la formation idoine de ses agents. Mais aussi en exigeant, dans un souci d\u2019\u00e9galit\u00e9, le respect de ces principes par l\u2019ensemble des citoyens. Il n&rsquo;y a gu\u00e8re que des bigots illumin\u00e9s pour consid\u00e9rer que l\u2019\u00c9tat la\u00efque \u00e0 la fran\u00e7aise menace la libert\u00e9 religieuse des individus. C&rsquo;est l\u00e0 encore et toujours le fameux point de vue \u00ab lib\u00e9ral\u00bb, qui con\u00e7oit, en l&rsquo;affaiblissant, la la\u00efcit\u00e9 comme une libert\u00e9 presque quelconque, posture dans laquelle la soci\u00e9t\u00e9 civile devrait absolument se prot\u00e9ger des intrusions de l\u2019\u00c9tat en son sein, comme si les individus n&rsquo;\u00e9taient pas partie prenante de l&rsquo;\u00c9tat, comme si le citoyen n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un ectoplasme. Acceptons, dans un souci d\u2019apaisement, l&rsquo;id\u00e9e que la question la\u00efque a bien cette dimension de libert\u00e9, <em>qui est moins celle de l\u2019individu que celle du citoyen<\/em>. Cette d\u00e9marche est fondamentale pour comprendre la vertu principale de la citoyennet\u00e9, qui transcende l&rsquo;individu dans des d\u00e9marches collectives propres \u00e0 b\u00e2tir ce fameux \u00ab vivre ensemble \u00bb, qui implique certains abandons de positions relevant de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme ou des tentations communautaristes. Je veux \u00eatre clair, pour moi, cette possibilit\u00e9 de se penser collectivement est, \u00e0 la toute fin, pr\u00e9cis\u00e9ment incarn\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, \u00e0 la fois comme corps institutionnel et comme principe politique. La remise en cause de cette mani\u00e8re de se penser et de se comprendre comme citoyens est aujourd\u2019hui la plus grande menace qui p\u00e8se sur ce que nous sommes, comme pays et comme soci\u00e9t\u00e9. Elle est lourde de d\u00e9liquescence soci\u00e9tale avec ce paradoxe qu&rsquo;au nom de la libert\u00e9 individuelle on d\u00e9truit ce qui justifie, ce qui \u00ab fait soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, i.e. le projet humain b\u00e2tissant puis aboutissant \u00e0 la nation et, au-del\u00e0 \u00e0 son expression politique, l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9publicain d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Vous l&rsquo;aurez compris, pour parodier Arthur Rimbaud et son \u00ab Je est un autre \u00bb, sous la pression des th\u00e8ses individualistes et ultra-lib\u00e9rales, je m&rsquo;interroge : \u00ab Le citoyen est-il un autre ? \u00bb. Mais alors quel autre ? Comment surmonter cette dichotomie sans tomber dans la schizophr\u00e9nie ?<\/p>\n<p>Tous les droits de l\u2019homme d\u00e9coulent de la dignit\u00e9 et de la valeur inh\u00e9rentes \u00e0 la personne humaine. Par ailleurs, la personne humaine est le sujet m\u00eame de ces droits, comme des libert\u00e9s fondamentales qui y sont attach\u00e9es, il r\u00e9sulte de ceci, qu&rsquo;elle doit en \u00eatre \u00e0 la fois le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire et participer activement \u00e0 leur r\u00e9alisation. C&rsquo;est ce qu&rsquo;en substance a proclam\u00e9 le Programme de Vienne de 1993. C&rsquo;\u00e9tait magistralement lier, en la d\u00e9passant, la tension que nous avons point\u00e9e supra entre citoyen et personne priv\u00e9e. En effet, ce programme rappelle que les droits de l&rsquo;homme d\u00e9coulent directement de l\u2019existence m\u00eame de la personne humaine (le jus naturalis), laquelle en est le sujet invit\u00e9 \u00e0 participer activement \u00e0 leur r\u00e9alisation, ce qui, vous en conviendrez, place sans conteste la personne humaine dans la peau du citoyen actif. \u00ab Le citoyen, c&rsquo;est celui qui participe de son plein gr\u00e9 \u00e0 la vie de la cit\u00e9. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi. le pouvoir d&rsquo;\u00e9lire et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d&rsquo;\u00eatre \u00e9lu. <em>Si tu fais la loi, il est normal que tu lui ob\u00e9isses.<\/em> \u00c7a s&rsquo;appelle le civisme \u00bb. A pu \u00e9crire R\u00e9gis Debray.<\/p>\n<p class=\"subhead\">R\u00e9sumons :<\/p>\n<p>Pas de libert\u00e9 v\u00e9ritable pour une pens\u00e9e contrainte ou format\u00e9e, pas de citoyennet\u00e9 qui ne s&rsquo;accomplisse sans la possibilit\u00e9 de faire des choix authentiquement libres et d&rsquo;exercer sa capacit\u00e9 d&rsquo;arbitrage au-del\u00e0 des doctrines et des \u00ab \u00e9vang\u00e9lisations \u00bb de tous ordres: politiques, \u00e9conomiques, philosophiques ou religieux. Pas d&rsquo;\u00e9panouissement personnel sous des r\u00e9gimes tyranniques asservissants, ni sous des th\u00e9ocraties qui pr\u00e9tendent donner la primaut\u00e9 \u00e0 une hypoth\u00e9tique loi de Dieu sur la loi des hommes, non plus dans des soci\u00e9t\u00e9s ultra-lib\u00e9rales ou r\u00e8gne l&rsquo;\u00e9go\u00efsme du chacun pour soi. Il est donc souhaitable de vivre sous un r\u00e9gime r\u00e9publicain v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique, ce qui passe par la citoyennet\u00e9, laquelle est seule capable de faire pi\u00e8ce \u00e0 certains \u00e9go\u00efsmes, \u00e0 certaines d\u00e9rives autoritaires ou \u00e0 des strat\u00e9gies d&rsquo;endoctrinement. La vraie citoyennet\u00e9 est un des apanages du libre penseur et son moyen premier d&rsquo;agir dans le monde et dans sa soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p class=\"subhead\">Conclusion.<\/p>\n<p>Pour moi, l&rsquo;\u00e9panouissement intellectuel et moral passe par la libert\u00e9 de conscience qui, seule, permet la libert\u00e9 de penser, c&rsquo;en est le pr\u00e9requis. D\u00e8s lors je pense, qu&rsquo;en effet, la libert\u00e9 de penser est un facteur fondamental de l&rsquo;\u00e9panouissement personnel parce qu&rsquo;elle permet de se d\u00e9barrasser des a priori et des doctrines douteuses, ce qui apporte une vraie s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Mais aussi, comme on l&rsquo;a vu, de construire un citoyen responsable, d\u00e9gag\u00e9 des crispations de l\u2019\u00e9go\u00efsme, du chauvinisme et de la surd\u00e9termination identitaire. Un homme qui assume sa double nature et \u0153uvre \u00e0 un projet constructif, celui du vivre libre ensemble.<\/p>\n<p><a name=\"wo\"><\/a><em>Disours sur le sujet \u00ab Libre Pens\u00e9e et \u00e9panouissement de la personnalit\u00e9 \u00bb au congr\u00e8s de B\u00e2le, juin 2018 <\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9sol\u00e9, cet article est seulement disponible en Deutsch.Gilles Poulet * Es w\u00e4re langwierig und zweifellos m\u00fchsam, die Geschichte des Freidenkertums (\u00bbLibre Pens\u00e9e\u00ab) hier durchzugehen, deshalb werde ich mich darauf beschr\u00e4nken, sie so genau wie m\u00f6glich zu definieren, damit wir uns alle, wann immer ich sie erw\u00e4hne, \u00fcber ihre Bedeutung einig sind, die sie f\u00fcr mich&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,3],"tags":[],"class_list":["post-938","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-aktuelles","category-dokumentation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/938","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=938"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/938\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1191,"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/938\/revisions\/1191"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=938"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=938"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.libres-penseurs.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=938"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}